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Mandira Halder: des ondes orientales aux fréquences occidentales

Dernière mise à jour le 15 décembre 2015

Il en est des personnes comme de leur parcours, sinueux, authentiques, tantôt évidents, tantôt complexes, fantasques, originaux, mais surtout uniques. L'histoire de Mandira Halder n'échappe pas à la règle en faisant preuve d'un bel équilibre entre deux cultures. Assistante diplômée à la HEP Vaud, Mandira Halder nous dévoile ici un autre pan de sa personnalité: sa passion du chant lyrique.

Mandira, le nom sonne comme une mélodie, et à raison, puisqu’en Inde il désigne un instrument composé de deux petites cymbales utilisé tant dans la musique classique que folklorique.

Un prénom prémonitoire…

C’est donc en Inde, près de Calcutta, que ses parents lui donnent ce nom chargé de symboles, comme une prédestination. Evoluant au sein d’une famille de scientifiques et de musiciens confirmés côté maternel, sa mère étant d’ailleurs elle-même chanteuse de Rabindra Sangeet (musique originaire de la région du Bengale, mêlant chant et danse, de l’auteur-compositeur Rabindranath Tagore). De son côté son père est le seul à écouter de la musique classique occidentale. Le pont des cultures est érigé. Il faudra néanmoins que son institutrice de l’école française catholique où elle étudiait alors, chanteuse également, l’encourage à prendre des cours de chant en poussant ses parents à l’y inscrire, en découvrant ses talents vocaux au sein du chœur de l’école.

Ce sont toutes ces influences, toutes ces couleurs musicales, et ce cocon familial gorgé de musiques, entre Orient et Occident, qui façonnent l’identité artistique de Mandira Halder.

De l’Inde à l’Europe

Quelques années plus tard son projet est clair, rejoindre l’Europe pour y étudier le chant lyrique, en qualité de soprano. Ce périple la mènera d’abord à Vienne, en Autriche, où le niveau sur place freine ses am- bitions professionnalisantes : «Le niveau à Vienne est très haut, il faut avoir moins de 25 ans et déjà un niveau émérite, ce qui est difficile pour le chant, parce que ce n’est pas quelque chose que l’on commence à 4 ou 5 ans, mais plutôt tardivement, le temps pour la voix de se développer. Et puis ils ont tellement de dossiers, la concurrence est folle, entre les Japonais, les Coréens ou les Russes, il y a très peu d’Autrichiens finalement».
Après un bref retour en Inde elle repart pour Nantes, en France, dans le cadre d’un échange culturel entre la France et l’Inde, où elle poursuivra ses études et, en parallèle, elle continue à chanter dans le chœur de l’orchestre national des Pays de la Loire, dirigé par Valérie Fayet, qui la poussera à auditionner pour le Conservatoire. Elle prend des cours de chant avec Natacha Rousseau-Siehoff durant trois années, ponctuées de nombreuses auditions.

D’un champ à l’autre

C’est finalement en Suisse qu’elle pose ses valises, ici même, à la Haute école pédagogique du canton de Vaud, où elle est engagée comme assistante diplômée pour réaliser une thèse sur l’articulation entre aisance et compétence langagières et didactiques des enseignants généralistes du primaire. Mais pour Mandira la musique n’est jamais loin, le champ d’étude de ses travaux de thèse est inspiré de son propre parcours artistique, l’aisance étant une notion centrale dans l’exécution musicale. Et puis elle pratique encore le chant quotidiennement, se perfectionnant toujours, donne aussi quelques représentations de manière ponctuelle, bénévolement, notamment avec le chœur de chambre de l’UNIL/EPFL.

Une technique travaillée quotidiennement

Mais la conciliation de sa passion avec sa vie privée n’est pas toujours aisée, certaines personnes ne comprennent pas tout le temps et les efforts investis dans cette passion, notamment à l’approche de concerts, sans que cela ne lui rapporte un sou. Mais il est des gains à valeur plus forte et symbolique que pécuniaire, Mandira vit et exulte à travers la musique et ne veut pas entacher cette passion d’un rapport financier, ce qui, de plus, pourrait influencer sa manière d’appréhender la musique, mettant sur le devant la performance technique, au détriment du plaisir éprouvé.

«Le fait de prendre des cours privés, et non de suivre un cursus dans un établissement comme la HEM (Haute école de musique) par exemple, ne m’impose aucune obligation de travail sous la pression constante des examens diplômants ou des auditions évaluatives, qui sont le lot commun des étudiants dans ce genre d’institution. Ma technique est maintenant installée, acquise, je la travaille bien sûr quotidiennement pour me maintenir à niveau, et l’on fait appel à moi comme renfort dans des chœurs, parfois comme soliste, mais la pression n’est pas la même qu’en France par exemple, où j’avais des auditions chaque mois. Ici, mon rythme est plus léger, par choix, je ne sais pas vraiment comment expliquer, c’est une impulsion artistique de faire quelque chose à haut niveau, de s’investir sans pour autant être payée pour cela. Je ressens le besoin de le faire, c’est un devoir sur soi, mais qui n’est pas imposé, il est choisi.». Et c’est peut-être ça la pierre angulaire de la pratique artistique de Mandira Halder, travailler par passion, s’investir, prendre et restituer du plaisir, sans aucune contrainte.

Le plaisir, et rien d’autre

Quant à son avenir, Mandira est catégorique: «Pour l’instant ma thèse est prioritaire. Et puis, j’ai 36 ans, ça va être de plus en plus dur d’envisager une carrière lyrique, et surtout lorsque j’étais au conservatoire à Nantes, j’ai vu à quel point c’est une situation extrêmement précaire. C’est-à-dire qu’on peut être le plus talentueux du monde et il n’y a pourtant aucune garantie. Et ça, surtout avec mon statut d’étrangère extra-européenne, je pense que ce ne serait pas judicieux comme choix de carrière. Et à un niveau plus personnel, si j’avais une pression professionnelle pour chanter, alors je perdrais le plaisir de chanter, et ça, ce n’est pas bien. J’ai récemment participé à une master class de chant d’opéra à Zurich auprès d’une chanteuse allemande installée en Suisse, qui m’a dit appré- cier le fait que je chante pour le plaisir car cela s’entend.» Mais derrière ce raisonnement pragmatique, elle n’exclut pas, une fois sa thèse terminée, d’auditionner pour un chœur professionnel, sans pour autant sacrifier l’émotion au profit de la technique. C’est tout le bien qu’on lui souhaite.

Mehdi Mokdad

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