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Étudiante, répétitrice, caissière: une expérience riche d’enseignement

Dernière mise à jour le 23 mai 2016

Concilier les études avec un travail est une problématique contemporaine qui, si elle n’est pas inhabituelle et n’émane pas toujours d’un choix, reste un défi pour les étudiants concernés. Bianca Paulo, 21 ans, étudiante à la HEP Vaud en fin de 2e année de BP, nous livre son témoignage.

Pourriez-vous expliquer ce qui a motivé votre choix d’entrer à la HEP Vaud pour devenir enseignante?
Il y a une multitude de facteurs qui entrent en compte bien sûr, mais je dirais que le vrai déclencheur s’est révélé durant une année sabbatique que j’ai prise après avoir obtenu ma maturité gymnasiale. J’ai d’abord effectué un simple stage de deux semaines, sans attentes particulières, stage qui s’est finalement transformé en un travail d’accompagnement durant plusieurs mois d’un élève possédant des problèmes psychiques. J’ai beaucoup aimé cette expérience qui a agi sur moi comme révélateur et m’a convaincue de m’inscrire à la HEP Vaud. J’ai effectué d’autres remplacements en école, ainsi qu’un stage de 6 semaines en Allemagne dans une école Montessori. Au final toute mon année sabbatique a été consacrée à découvrir l’enseignement.
Il faut ajouter à cela que beaucoup de personnes de mon entourage que j’aime énormément et avec qui je m’entends très bien sont toutes enseignantes. Elles ont été pour moi des modèles, et inconsciemment, cela m’a poussé vers l’enseignement.

Vous avez donc déjà expérimenté le travail d’enseignant durant cette année sabbatique, mais avez-vous également travaillé en parallèle de vos études, et si c’est le cas, quelles professions avez-vous exercé?
J’ai travaillé en tant que caissière à Manor de septembre 2014, en même temps que le début de ma formation à la HEP Vaud, à mars 2016. Ça a d’ailleurs été ma première réelle confrontation avec le milieu professionnel «classique», très hiérarchisé et responsabilisant.
Je suis également répétitrice pour des enfants en privé depuis 4 ans, activité que je continue d’exercer actuellement, toujours avec les mêmes enfants.

Pour quelles raisons avez-vous travaillé durant vos études? Était-ce un choix délibéré ou y étiez-vous contrainte?
C’était un choix. Je l’ai fait essentiellement car je suis quelqu’un de responsable et d’organisé et je ne voulais plus dépendre de mes parents pour mes vacances, mon permis de conduire, ou d’autres projets personnels.
Les raisons varient en fonction de l’activité bien sûr, pour Manor par exemple, la motivation était entièrement financière. Mais pour ce qui est de mon activité de répétitrice, la donne est différente, si quand j’ai commencé, j’étais jeune et voyais l’occasion de me faire quelques sous, aujourd’hui je continue car cela me plaît profondément et que j’ai aussi tissé un lien avec ces enfants, je me sens responsable envers eux. Les revenus que cette activité me procure sont négligeables, je pourrais parfaitement m’en passer, mais comme je l’ai dit, ce n’est pas pour ça que je continue.

Que retirez-vous de ces expériences? Que vous ont-elles apporté vis-à-vis de vos études, de votre futur métier d’enseignante, ou plus simplement sur le plan humain?
Ayant quitté mon poste chez Manor récemment, je me suis dit que c’était réellement une bonne expérience pour connaître le monde professionnel avec tout ce que cela comprend, les relations avec les supérieurs, entre collègues, c’est extrêmement délicat. J’ai eu la chance de ne jamais être impliquée dans des conflits, mais j’ai vu certaines mutations qui ont chamboulé beaucoup de choses, ça m’a ouvert les yeux et m’a appris à maintenir les relations entre collègues, ce qui est très important dans le milieu social, et avec les supérieurs. Et puis il y a la responsabilité. J’étais déjà quelqu’un de responsable, mais cette expérience m’a responsabilisé bien plus encore. Je retiendrais donc de Manor surtout le côté relationnel, notamment avec les clients, avec lesquels il faut agir comme avec les parents d’élèves en quelque sorte, savoir garder ses distances et rester sympathique même si eux peuvent parfois s’emporter.

Mon activité de répétitrice quant à elle m’a bien sûr confortée dans mon choix de devenir enseignante, ce qui, pour moi, est très important.
Cela m’a permis aussi de suivre les mêmes enfants sur la durée, 4 ans jusqu’ici, ce qui est primordial à mes yeux, car cela m’a permis de voir leur évolution, et à travers cela comment un élève progresse ou régresse. J’ai suivi notamment un élève de ses 10 ans à ses 14 ans, ce qui constitue une phase extrêmement importante de sa vie et de son développement, et m’a permis de mieux cerner les enfants à différents âges. Je dirais également que le fait de pouvoir être de l’autre côté, c’est-à-dire du côté parents, et non du côté enseignant, est tellement enrichissant, car ils partagent avec moi leurs peurs, leurs doutes et leurs agacements vis-à-vis de la quantité de devoirs que donne la maîtresse à leur enfant par exemple. Avoir le retour des parents est tellement important à mes yeux. D’ailleurs quand ils me font des remarques, je suis tiraillée entre comprendre le point de vue de l’enseignante et compatir à l’inquiétude des parents. Cette activité me permet donc surtout de voir et tenter de comprendre l’aspect «à la maison» des élèves, dont on ne se rend pas forcément compte lorsque l’on est devant sa classe à l’école. J’espère me souvenir de tout ça et m’en servir lorsque je serai moi-même enseignante.

Et quelles ont été les difficultés que vous avez rencontrées dans le fait d’avoir à concilier études et travail en parallèle?
Il y a surtout deux facteurs à prendre en compte. Le premier est que, fatalement, cela laisse moins de temps pour étudier en dehors des cours, notamment pour préparer les examens, c’est une des raisons pour lesquelles je me suis résignée à arrêter mon activité chez Manor. L’autre facteur est simplement que cela réduit la vie sociale de manière importante. Lorsque l’on travaille en parallèle des études, on enchaîne des semaines de 6 jours à temps plein, il nous reste donc un seul jour de repos que l’on passe à faire les différentes tâches administratives ou ménagères, et rarement à voir des gens. D’autant que les soirées sont souvent réduites voire supprimées, car soit on travaille le lendemain, soit la journée de travail du samedi finit de nous achever en fin de semaine et l’on a tout simplement plus l’énergie de sortir et passer du temps avec ses amis. Comme je pouvais me le permettre j’ai récemment choisi d’arrêter mon activité de caissière pour ces raisons, à savoir avoir plus de temps pour préparer mes cours et examens, retrouver une vie sociale plus importante, sans oublier de pouvoir mener à bien des projets personnels.
Quant à mon rôle de répétitrice, je n’y vois pas de contraintes, comme je l’ai déjà dit, je ne le fais pas pour des raisons financières, et cela ne m’empêche pas d’avoir une vie sociale active. Je continue d’ailleurs car être enseignante, ce rapport que j’ai avec les élèves, fait maintenant partie de ce que je suis, et je ne peux m’en défaire.

Entretien: Mehdi Mokdad
Article paru dans Zoom numéro 24, Mai 2016

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