Nos premiers résultats dans le cadre du projet STEEPNESS font émerger des modèles d’évaluation adaptés à l’éducation ouverte et libre, entre rigueur, contexte et posture post-numérique.
Présentation des premiers résultats durant le colloque de l’Association pour le Développement des Méthodologies d'Évaluation en Éducation (ADMEE-Europe), Bienne, 7-9 janvier 2026 : Evaluer les apprentissages dans des contextes de formation ouverts et libres (Slides en version .odp ou en version .pdf)
Par nature, l’EOL est très diverse et il y a autant de manières de la définir que de perspectives représentées. En témoignent par exemples les définitions recensées par the year of open.
En matière d’apprentissage, elle repose sur des théories sociales d’apprentissage qui mettent en avant la co-création de savoirs dans un contexte authentique. Elle vise généralement le deep learning et mobilise du higher-order knowledge, des connaissances de niveau supérieur, soit un répertoire solide de différents types de connaissances (déclaratives, procédurales, métacognitives) combiné à des représentations mentales ainsi que diverses autres compétences Perkins (1995). Par l’intermédiaire de ressources éducatives libres (REL) notamment, l’EOL permet également de cultiver des connaissances de niveau contenu, soit les connaissances constitutives du contenu disciplinaire.
La pédagogie entremêlée permet d’exemplifier une approche d’EOL que l’on peut s’approprier dans ses pratiques d’enseignement. Elle propose :
L'évaluation des apprentissages doit reposer sur une théorie d’apprentissage qui servira de référence pour définir les 4 opérations de toute évaluation (Allal 2007, 2008), soit:
La théorie de l’apprentissage situé et distribué de Perkins est pertinente pour l'EOL car elle identifie les opérations d’apprentissage qui relèvent de l’individu-solo (i.e. la capacité à mobiliser ses ressources psychologiques propres comme les concepts, procédures, stratégies, attitudes, mécanismes d'auto-régulation, etc.) de celles qui relèvent de l’individu-plus (i.e. la capacité à tirer parti de ses ressources internes mais aussi des ressources externes comme les modalités d'interaction sociale, les outils et appareils, le matériel à disposition, les informations de diverses sources, etc.). Les 4 opérations de l’évaluation sont alors définies comme suit selon Allal 2007, p. 48.
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Les 4 opérations (Allal, 2007, 2008) |
Définition sur la base du Tableau 1 |
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Objet d'évaluation
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Connaissances de niveau supérieur Connaissances de niveau contenu Compétences de l'individu-solo Compétences de l'individu-plus (y compris utilisation de l'IA) Compétences distribuées à l'intérieur de la communauté |
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Observation
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Processus de participation et d’interaction (négociation, co-construction) Pratiques et produits résultants de ces processus Significations attribuées par les apprenants aux pratiques et produits Outils métacognitifs, d'auto-évaluation, d'évaluation mutuelle, de co-évaluation pour favoriser l'implication active de l'apprenant |
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Interprétation |
Situer les observations par rapport aux:
Inclure des formes d'interprétation croisée, e.g. apprenant-apprenant, apprenant-enseignant, apprenant-enseignant-communauté |
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Régulation des processus |
Régulation des processus de formation: - interactive intégrée tout au long de la situation d'apprentissage (e.g. feedback) - différée par la co-construction d'instruments d'évaluation (e.g. adaptation dynamique en fonction du moment d'apprentissage - avant, pendant, après) Régulation du dispositif d’apprentissage par des instruments d’orientation et de certification conçus dans un paradigme systémique |
L’évaluation continue pour apprendre durablement (ECPA) : une autre théorie d’apprentissage pertinente pour l’EOL qui est en cohérence épistémologique avec la théorie de l’apprentissage situé et distribué
L’ECPA est une évaluation inscrite dans la durée, intégrée aux situations ordinaires d’enseignement, qui vise à soutenir les apprentissages en cours et à favoriser leur durabilité. Elle repose sur des boucles régulières de régulation (feedbacks, ajustements, reprises) permettant aux apprenants de comprendre leurs progrès, leurs difficultés et les attentes, dans une perspective prioritairement formative. Elle prend neuf dimensions comme base conceptuelle comme définies dans les travaux de Mottier-Lopez, 2026, pp. 87-8.
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Fondements conceptuels d’une évaluation continue pour apprendre durablement |
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Dialogique |
Intègre dans un rapport dialogique les différents usages de l’évaluation, construisant ensemble la finalité d’une évaluation continue pour apprendre durablement |
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Située |
N’est pas seulement centrée sur l’individu, mais considère une relation de co-constitution et de co-régulation avec les contextes éducatifs et leur ancrage socio-historique et culturel |
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Authentique |
Répond à une activité sociale finalisée et s’appuie sur les caractéristiques des situations du monde professionnel |
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Continue |
Est intégrée aux situations didactiques dans une succession de tâches interreliées finalisées par un but commun, permettant de révéler la façon dont les élèves apprennent au fil du temps |
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Durable |
Articule des temporalités courtes et longues, visant à préparer les apprenants à leurs besoins professionnels futurs |
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Collaborative |
Est partagée, coordonnée entre pairs experts et novices liés par une relation de coresponsabilité |
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Adaptée |
Différencie les tâches évaluatives et les régulations afférentes en fonction des profils des apprenants/apprenantes |
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Réflexive |
Intègre des processus de conscientisation critique et d’autoévaluation (au sens large) visant l’accroissement de l’autonomie et le pouvoir d’agir de l’individu et des groupes sociaux concernés |
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Éthique |
Est formative, bienveillante, exigeante, en se fondant sur des valeurs éthiques et d’intégrité |
Allal, L. (2007). Evaluation dans le contexte de l’apprentissage situé: Peut-on concevoir l’évaluation comme un acte de participation dans une communauté de pratiques ? Dans M. Behrens (dir.), La qualité en éducation: Pour réfléchir à la formation de demain (p. 39–56). Presses de l’Université du Québec.
Allal, L. (2008). Evaluation des apprentissages. Dans A. van Zanten (dir.), Dictionnaire de l’éducation Presses Universitaires de France.
Mottier Lopez, L. (2026). L’évaluation formative et ses reconfigurations conceptuelles. In F. Gremion & N. Younès (Eds.), Évaluation en éducation et formation. Ancrages et perspectives (pp. 79–96). Presses de l'ADMEE. https://presses.admee.org/2026-01-evaluation-en-education-et-formation-ancrages-et-perspectives/
[1] « Une compétence est constituée de ressources cognitives (connaissances de plusieurs types), reliées à des ressources affectives, sociales, psychomotrices et à des supports externes (outils et artefacts qui amplifient et diversifient les processus internes) » Allal, L. (2008). Evaluation des apprentissages. Dans A. van Zanten (dir.), Dictionnaire de l’éducation Presses Universitaires de France. .