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Thierry Dias, agent spécial de la «Mission maths»

Dernière mise à jour le 25 mars 2018

Contacté par le député de la République En marche, Cédric Villani, honoré par la médaille Fields en 2010 équivalente pour les mathématiques du Prix Nobel, notre professeur, Thierry Dias, (UER MS) figure dans le panel restreint des experts qui viennent de rendre un rapport très médiatisé au Ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer. Objectif: redonner enfin le goût des mathématiques aux élèves de France.

Il y a quelques années, alors directeur de l’Institut Poincaré, rattaché à l’Université Pierre-et-Marie Curie, Cédric Villani prend connaissance des livres de Thierry Dias: «Nous sommes tous des mathématiciens» et «Manipuler et expérimenter en mathématiques», qui préconisent une autre manière d’agir, de réfléchir et de faire des maths avec les élèves. Les deux hommes se rencontrent. Le directeur invite le formateur HEP à rejoindre le Comité pour la culture mathématique, à l’Institut Poincaré.

Un plan de bataille pour renverser la vapeur

L’approche originale, optimiste et pragmatique de Thierry Dias, focalisée sur la double nécessité de proposer des outils aisés aux enseignants et de susciter le plaisir de la découverte chez les élèves, intéresse vivement Cédric Villani. C’est donc tout naturellement qu’il va faire appel au didacticien de la HEP Vaud au moment où tombe une requête présidentielle sur le bureau du ministre de l’Education nationale…

En effet, très préoccupés par les résultats alarmants des enquêtes internationales (PISA et Timms qui placent la France en queue de peloton en matière de performances mathématiques des élèves, Emmanuel Macron et son ministre de l’Education veulent un «plan de bataille» qui pointe le doigt sur les faiblesses avec précision, mais qui propose également les moyens à mettre en oeuvre pour renverser la vapeur.

Cédric Villani et Charles Torrossian, inspecteur général à l’Education nationale, lancent alors les démarches qui vont aboutir à un catalogue de mesures concrètes pour «remédier à une situation socialement et économiquement calamiteuse qui, si elle n’est pas corrigée, obère notre avenir», selon les termes même du rapport final.

Invité par Cédric Villani en tant qu’expert associé, au sein d’une commission d’une petite quinzaine de membres, Thierry Dias, de novembre 2017 à février 2018, va participer à quelque 45 auditions et une quinzaine de tables rondes avant de contribuer à la rédaction du rapport «Mission maths».

Une discipline mal-aimée à réenchanter

Le 12 février, à l’issue d’un vrai marathon, le rapport est remis au ministre, dans les délais. Il préconise 21 mesures pour améliorer les connaissances et les performances des élèves en mathématiques, en particulier à l’école primaire. Les piètres résultats des petits Français sont analysés, tout comme l'incapacité du système à réduire les inégalités qui en résultent sur l’ensemble de la population scolaire. «Cette incapacité́, souligne le rapport, tient aussi à la défaillance dans le repérage et la prise en charge des difficultés rencontrées par les élèves, ainsi qu’à une propension à mettre en avant des facteurs externes pour expliquer ces troubles.»

Pour les signataires du rapport, il ne s’agit pas seulement de trouver des remèdes pour améliorer les compétences en mathématiques, il s’agit aussi de faire aimer une discipline sur laquelle pèsent trop de représentations sacralisées ou fantasmées qui n’ont rien à voir avec le réel.

Parmi les principales mesures préconisées, citons le renforcement du poids des mathématiques dans la formation des enseignements primaires, l’encouragement à la manipulation d'objets à l'école, chère à Thierry Dias, la proposition d’offrir aux lycéens un module de "réconciliation" avec les mathématiques et la création d’un poste de conseiller pédagogique par circonscription.

Entretien avec Thierry Dias

En tant que co-auteur du rapport Mission Maths, vous pointez le doigt sur les faiblesses en mathématiques qui s’accumulent dès l’école primaire. Comment s’explique ce phénomène?

Thierry Dias: En France, on assiste hélas, depuis plusieurs années, à la déliquescence de la formation des maîtres, et la première mesure-clé à prendre est bien évidemment de redonner la priorité à une formation qui a été totalement dédaignée. Un contre-exemple: A Singapour, les élèves caracolent en tête des classements internationaux et les maîtres bénéficient de cinq fois plus d’heures de formation que leurs homologues français. Effet et cause ne sont évidemment pas le fruit du hasard. C’est pourquoi, parmi les dispositions à prendre, figure la construction, dès 2018, d'une formation initiale pour les professeurs des écoles démarrant à Bac+1, sous la forme d'une licence ou d'un parcours pluridisciplinaire avec un volume d'enseignements dédié aux disciplines fondamentales.

Un autre facteur, sans aucun doute non dénué de lien avec la désaffection de la formation des maîtres, accentue la «catastrophe» enregistrée en classe de maths: on trouve en France un nombre incalculable de méthodes d’apprentissage des mathématiques. Cette féroce hétérogénéité empêche l’élaboration d’un suivi entre système compatibles, les élèves se retrouvant souvent, durant 4 à 5 années de leur scolarité, aux prises avec plusieurs méthodes successives qui n’ont rien à voir les unes avec les autres.

Dans le rapport, vous soulignez le «grand désarroi» des enseignants de mathématiques, qui met à jour une vraie solitude dans l’exercice de leur métier. Comment y remédier concrètement?

Thierry Dias: Vu l’ampleur des dégâts, nous préconisons de faire des mathématiques une priorité nationale, ce qui permettra de mobiliser l’ensemble des acteurs de la chaîne institutionnelle: recteurs, cadres, formateurs et enseignants. Outre une formation initiale des enseignants renforcée, il faut dès maintenant développer une formation continue en mathématiques spécialement dédiée aux enseignants du primaire, des enseignants qui se retrouvent souvent désarçonnés face à des élèves de 7 ans qui se déclarent déjà «nuls en maths».

Très concrètement aussi, dès la rentrée de cet automne, des «Laboratoires des mathématiques» en lien avec l’enseignement supérieur seront mis en place dans au moins 5 établissements et un campus des métiers par académie. Expérimentés, financés et évalués pendant trois ans, ces Laboratoires seront des lieux de formation et de réflexion disciplinaire, didactique et pédagogique.

L’une des mesures phares, reprise par de nombreux médias, consiste à mettre en œuvre, dès le plus jeune âge, un apprentissage des mathématiques fondée sur la manipulation et l’expérimentation. Un choix qui «valide» l’importance de votre travail de longue haleine dans le champ de la didactique des mathématiques, au moment où sort une édition largement augmentée de votre livre «Manipuler et expérimenter en mathématiques», non?

Thierry Dias: On peut le voir comme ça. (Sourire). Vous savez, après des années d’enseignement dans des quartiers difficiles de la périphérie de Lyon, je me suis aperçu que le plus difficile en maths n’est pas d’apprendre mais de «faire apprendre». C’est pourquoi j’ai voulu concevoir des livres et une didactique qui offrent des repères solides aux enseignants, des outils faciles à utiliser pour s’adapter au mieux aux besoins particuliers des élèves.

Ce qui est magnifique avec les mathématiques, c’est que cette branche se prête à faire des découvertes par l’expérience, à remettre en question des certitudes, même les plus établies, comme 2+2 font 4! Et expérimenter, manipuler, cela veut dire jouer avec des idées, des questions, des objets, des instruments et des connaissances. La part de défi et d’énigme contenus dans les maths a tout pour séduire les enfants et les plus grands. Par une didactique qui repart du concret, du représentable, du manipulable, de l’expérimentation, élèves et enseignants trouvent ou retrouvent le goût des mathématiques qui, rappelons-le encore une fois, sont si importantes pour décrire et comprendre le monde qui nous entoure!

Barbara Fournier

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