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Les causes du décrochage

Dernière mise à jour le 9 juillet 2013

Plusieurs types de facteurs peuvent être à l'origine du décrochage scolaire.

Le décrochage scolaire renvoie à plusieurs facteurs explicatifs et donc à différents profils d’élèves (cf. typologies). Comme interroge Glasman (2012), «les élèves qui sont décrocheurs sont aussi décrochés. Le décrochage scolaire c’est le décrochage de qui? De l’élève par rapport à l’école ou bien de l’école qui n’a pas su retenir l’élève?». Pour certains auteurs «les déscolarisés sont des jeunes … qui ont décidé de mettre fin à leur scolarité après une période plus ou moins longue d’échec scolaire» (Bianco 2008). Pour d’autres, il est le résultat de stratégies rationnelles d’acteurs, qui estiment que l’effort à fournir pour l’obtention d’un diplôme est trop grand pour un résultat aléatoire en termes de mobilité sociale (Boudon, 1973, cité par Blaya, 2010). De manière générale, il est admis que le décrochage scolaire est un phénomène multifactoriel, conséquence d’événements personnels (en lien avec l’affectivité, la personnalité et l’apprentissage), scolaires (en lien avec l’organisation scolaire, la relation avec les enseignants et les pairs), familiaux et socioculturels (en lien avec le milieu, les événements familiaux et les valeurs sociales).

Gilles et al. (2009) proposent de catégoriser les déterminants du décrochage scolaire en deux catégories et quatre sous-catégories: les déterminants internes au système scolaire, qui se subdivisent en facteurs organisationnels et structurels d’une part et en facteurs liés aux interactions entre enseignants et élèves d’autre part; et les déterminants externes au système scolaire, qui se déclinent en facteurs familiaux et sociaux d’un côté et en facteurs internes au décrocheur de l’autre côté.

Au niveau des facteurs organisationnels et structurels (déterminants internes au système scolaire), l’existence de filières d’études disparates et par essence les filières dites «de relégation» sont par exemple génératrices de décrochage scolaire (Lafontaine et Crahay, 2004), tout comme les pratiques de redoublement (Crahay, 2004). Certains passages, comme la transition entre le primaire et le secondaire, sont particulièrement sensibles et influencent le risque de décrochage scolaire (Glasman, 2011).

Dans les facteurs liés aux interactions entre enseignants et élèves (déterminants internes au système scolaire), on connaît l’importance du niveau d’attentes des enseignants sur l’échec ou la réussite de leurs élèves (effet Pygmalion, Rosenthal, Jacobson & Audebert, 1971 ; Bryk & Thum, 1989), de même que l’importance des pratiques pédagogiques et éducatives et des aspects relationnels entre élèves et enseignants. Par exemple, une gestion du temps qui favorise un engagement optimal des élèves et évite les temps morts diminue les risques de comportement inappropriés et augmente l’engagement dans les activités d’apprentissage (Langevin, 1994 ; Walker, Colvin & Ramsey, 1995).

Au niveau des facteurs familiaux et sociaux (déterminants externes au système scolaire), il a été mis en évidence que le faible revenu des parents, l’éclatement des structures parentales à l’adolescence, la monoparentalité (Rumberger, 1995), un faible niveau d’éducation des parents (Kakpo, 2009 ; Glasman & Besson, 2004), un faible investissement parental dans la scolarité, des relations familiales conflictuelles (Epstein, 1990), un soutien affectif et une communication perçus comme négatifs (Fortin et al., 2000 ; Potvin et al., 1999), le rejet social et le fait de s’associer à des pairs déviants (Janosz, 2000) constituent d’importants facteurs du décrochage (Janosz, Le Blanc, Boulerice & Tremblay, 2000).

Enfin, dans les facteurs internes au décrocheur, on retrouve comme déterminants significativement associés au décrochage les difficultés d’habiletés sociales et de comportement (Jimerson et al., 2002), la dépression (Marcotte, 2006), les difficultés d’apprentissage (Battin-Pearson et al., 2000), les comportements délinquants (Lagrange, 2001), une vie sexuelle très active et la consommation de drogue (Janosz et al., 1997), le genre masculin (Fortin, Lessard, Marcotte, Royer & Potvin, 2006), etc.

Quant à l’ordre d’importance de ces facteurs, notons que même si les enseignants ont tendance à attribuer l’échec des élèves à des causes externes au système scolaire (Parent, Duquette et Carrier, 1993 ; Bouchamma, 2002 ; Tièche, Angelucci, Chapuis, de Chambrier, Liechti, en cours), plusieurs analyses statistiques mettent en évidence l’importance des facteurs internes au système scolaire. Par exemple, Janosz (2000) estime que de manière générale, ce sont les variables familiales et scolaires qui possèdent la plus grande puissance de prédiction et de dépistage, surtout à l’adolescence, où les variables scolaires demeurent les meilleurs prédicteurs associés à l’abandon scolaire. Les travaux de Fortin et al. 2004 montrent que les sept facteurs les plus prédictifs du décrochage scolaire sont, par ordre d’importance, les sentiments dépressifs, le manque d’organisation et de cohésion familial, les attitudes négatives de l’enseignant envers l’élève, le manque d’engagement de l’élève dans ses activités scolaires, les faibles performance en français et en math. Enfin, les travaux de Blaya (2010) mettent même en évidence que les variables les plus statistiquement significatives quand on compare les différences entre un groupe à risque et un groupe contrôle sont au niveau des variables liées au climat scolaire. Il est donc très important de tenir compte de ces déterminants liés au système scolaire, d’autant plus qu’il s’agit du milieu au sein duquel il est à priori le plus facile d’agir.

Précisons encore que la mise en évidence de ces facteurs de risque ne s’inscrit pas dans une démarche déterministe ayant pour but de «ficher» les individus, mais bien dans une approche qui vise à appréhender toute la diversité et la complexité des situations concernées par le décrochage scolaire. D’une part, les facteurs de risque n’ont de valeur prédictive que dans leur accumulation, et c’est bien la combinaison de plusieurs facteurs de risque qui favorise l’apparition de tel comportement (Blaya, 2010). D’autre part, il apparaît que les «décrocheurs» sont loin d’être un groupe homogène et qu’identifier leurs différentes caractéristiques est utile tant à la prévention qu’à la mise en place de programme d’intervention. En effet, identifier les facteurs de risque permet également de mettre en évidence les facteurs de protection.

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